"Green is the Color "

Stéphane Lu a la main verte : il vient d'achever l'enregistrement de Chlorophylle Babies son deuxième album pour 2005 !

Stéphane Lu ne le dissimule pas : son précédent album, " Lunatic Moon " paru en début d'année, est plus un agréable patchwork musical qu'un authentique projet discographique ; à l'évidence, les diverses compositions qui y figurent n'ont pas ou peu de lien réel entre elles. Par contre, accidentelle mais heureuse cohérence, à l'écoute et à la réécoute, les titres retenus cohabitent de la manière la plus harmonieuse.
Stéphane Lu explique : " A l'origine on m'a suggéré de contacter Oberst Gregor, un artiste allemand hors norme, grand gourmand de productions françaises obscures et surtout, la tête pensante du label indépendant Discos Veveos. Je lui ai transmis sans arrière-pensée les quelques titres déjà disponibles, enregistrés vite fait bien fait et compilés à l'emporte-pièce pour l'occasion. Coup de théâtre : par retour de mail, Oberst Gregor déclare qu'il adore (!) et me propose ni plus ni moins la publication intégrale, à peine réorganisée, de cette sélection de titres sur son label. Et deuxième cadeau dans la foulée, il contacte Peter Prothmann, illustrateur allemand qu'il charge de concevoir le graphisme de la pochette. Le résultat est sublime. Voilà en fait comment l'album " Lunatic Moon " a vu le jour. "

Encouragé par ces évènements des plus sympathiques, Stéphane Lu se remet au travail pour se constituer un répertoire de nouvelles chansons. Les choses avancent de manière satisfaisante et quelques mois plus tard, à l'écoute des maquettes de Chlorophylle Babies (" le bonheur est dans le pré-mix ! "), c'est Manöx qui propose à Stéphane Lu d'inscrire son futur album au catalogue de Növalis Impulse, l' " écurie pop mutante " strasbourgeoise … Et quand Növalis impulse, Lu percute !

" The Lunatic is on the Grass " …

Avec ce deuxième album, hanté notamment par les spectres d'absorption de la chlorophylle (!), Stéphane Lu laisse percevoir des intentions et des influences multiples mais délivre avant tout un disque frais et pétillant, chef d'oeuvre de bubble gum pop parfum diabolo-menthe …
Il confie : " J'affectionne tout particulièrement le format pop, format ultime, idéal, à la fois court et efficace, minimaliste ou très arrangé, complexe sans jamais être élitiste … "
Et en effet, l'album est particulièrement attachant, très nuancé, fait de rencontres subtiles, mêlant les touches personnelles et les influences avouées : ainsi " Refine your Arms ", une superbe ballade jazzy, trahit quelques faux airs de " Winchester Cathedral " et évoque également l'univers d'Andrew Bird, un " whistling troubadour " qui aurait rencontré les Kinks de Village (chlorophylle !) Green … et Stéphane Lu ajoute : " je suis séduit par les Kinks cent fois plus que par Brian Wilson ! "

Stephane vs. Stephin …

Sur ce nouveau disque Stéphane Lu revisite de brillante manière un titre choisi des Magnetic Fields : " Smoke and Mirrors ", la composition de Stephin Merritt, figure ici dans une version revue et corrigée, efficace et élégante qui a très certainement le don (le mérite ?) de révéler l'original …

" Another green World " …

Pas seulement pop, ce disque - Lu-bric à brac et multi-pistes - propose en effet de nombreuses orientations musicales :
Ainsi, " Est-ce que tu viens pour les vacances ? " s'avère une composition obsédante, osée, plus subtile qu'il n'y paraît, toute en boucles (blondes ?), ses éléments acoustiques et synthétiques mêlés évoquent une fausse légèreté, à la manière peut-être de Durutti Column.
Dans les passages sobrement intitulés " Inter-lu-de ", on décèle même une réelle ambition ; ces instrumentaux, qui ne sont d'ailleurs pas sans rappeler l'ambiance des albums de la série " Made to Measure " sur Crammed, sont en fait d'authentiques compositions aux arrangements sophistiqués, tout sauf des éléments de décors ou de remplissage, même s'ils peuvent avoir cette fonction d'élément de transition pour passer d'un volet de l'album à un autre.
Pour cela, Stéphane Lu emprunte à la musique électronique (probablement celle des Twins qu'il " Aphex-ionne " !) : " Anymore ", truffée de samples et de bidouillages électroniques, flirte avec les musiques savantes en s'approchant de l'esthétique de certaines réalisations de René Aubry avec la majesté débridée et presque jazz de Tuxedomoon. Stéphane Lu ajoute : " J'apprécie le jazz et tout particulièrement celui qui frôle le free, celui de Randy Weston, de Thelonious Monk, de John Coltrane, de Carla Bley ou des Lounge Lizards … " …
Quand Evan ou John Lurie, Stéphane Lu rit aussi !

Extraits d'algues …

Et comme pour tout connaître des ingrédients qui constituent la composition de ce disque, on ne saurait être complet sans évoquer l'influence d'une certaine chanson française.
Si l'on croit entendre par moments Mathieu Boogaerts ou Albin de La Simone, c'est à Serge Gainsbourg, période " Melody Nelson " que l'on pense surtout, il est assez certains que celui qui, né dans les choux en avait conservé la tête, ne renierait pas une composition telle que " Chloro-filles " (… imaginez une algue !).

En vert et avec tous !

Ajoutons que pour ce disque, Stéphane Lu a organisé la rencontre de la plupart des talents qui l'entourent, ses traditionnels complices sont en effet présents à ses côtés :
Manöx co-écrit et est carrément lead vocal sur " Jack in the Box ", Lily Water réalise la pochette et fait des voix, Samyböy est aux claviers et se charge du son, d'autres encore et non des moindres le rejoignent à de nombreux endroits de l'album et, association de malfaiteurs oblige, pour commettre " Murder on Stage " (in English in ze text !), Stéphane Lu se fait assister d'un parolier de fortune (!).


Jean-Luc BILLING

 

 

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