Un volatile en voie d'apparition


Incontestablement, Stéphane Lu voit son premier néon en 1976. Un liquide rose oléiforme s'écoule le long des murs pour célébrer la ca-maïeutique. Etrange. Dehors, un brouillard épais brouille les pistes. Il masque les fenêtres et voile les étoiles. Explosion visuel / paralysie sonore. L'enfant se lève... et s'en va. Tout est joué ! L'oiseau sera de nuit, migrateur et indépendant. Sa vie = un puzzle planqué en labyrinthe... et sa trajectoire artistique : une imprévision météorologique. Pas facile - le rôle de la tête chercheuse. Pas évident d'expliquer l'histoire du renard, sans en faire un roman. /

Essayons toutefois... ça en vaut la peine.

Première étincelle, Stéphane débute sa carrière musicale à la flûte traversière... dans un milieu plutôt classique (vous l'auriez deviné). Il répète dans son bain moussant - sous le regard inquiétant d'un canard aqua-mécanique - la flûte enchantée de Mozart. Le jeune "Lu" étudie d'un peu trop près sa prof de solfège (une jolie pepette un peu coincée du piano avouera-t-il plus tard), et se fait renvoyer de l'école de musique parce qu'elle était mal à l'aise face à ses avances. Il avait 7 ans. Elle était fiancée à un Baryton qui faisait un tabac dans le coin.
Le petit Stefy se met au tabac.
Et du coup, arrête la flûte.

Premier virage à angle droit : le jeune teenage, âgé de 13 ans à présent, entend parler pour la première fois de ce que l'on nommait déjà 3 décennies plus tôt : Funk Music. C'est un halo de lumière qui vient se poser sur la hi-fi... à chaque fois qu'il met un disque de Funkadelic, Sly Stone, les Meters et consorts. Jeu de jambe incontrôlable devant miroir - Stéphane se fait des films. D'horreur et de sciences-fiction en l'occurrence, car là aussi il y a touche. Stéphane est un fan de la revue Mad Movies, de littérature fantastique et des films d'Ed Wood. A quand une Guerre de la piste des étoiles se demande-t-il ! Avec un ChewBarrycca White totalement sexy... à quand, à quand, a quand ? Le voilà le premier fantasme de Monsieur Lu : funk fiction pour glittermaniaks. L'ex-flûtiste change de crèmerie, une guitare sonnait à sa porte. Ca tombait bien...

Traversée de la France pour ses études, - une école de commerce dans les Vosges qui ferra de Stéphane ce qu'il est maintenant (un anticommercial) - le bassiste de mon groupe le rencontre... Le combo s'appelle Korky. Baignant à ce moment précis dans un profond ennui géographique - Stéphane, la majorité, vient nous rejoindre, déformant complètement notre style, puisque que l'on passe de punk alternatif à funk fusion. Le gaillard est un louche, je le trouve sûr de lui, râleur et d'humeur changeante. Une vraie girouette. Et un vrai guitariste. Super son, technique, perfectionniste et très inspiré. Avec tout ça, et pour l'époque, il est le strict opposé de moi : je joue sur un vieil ampli qui ne fonctionne pas, avec une guitare qui ne m'appartient pas, et un casque de walkman en guise de micro. Cette rencontre est un succès, autant sur le plan artistique que sur le plan affectif. Stéphane devient ce qui restera à jamais indélébile : un véritable ami et un collaborateur hors pair.

4 ans plus tard : Aphex Twin, DJ Shadow, Red Snapper, Plaid, Amon Tobin et autres dingues de l'electro débarquent sur les ondes françaises du bouche à oreille. Stéphane, 22 ans, arrête immédiatement la guitare et s'achète son premier PC. Avec des logiciels tels que Soundforge et Acid, des dizaines de bribes electronica suivent, mais son côté lunatique et méticuleux fait qu'il ne les sortira jamais de sa chambre. Il manque encore quelque chose à ces morceaux, mais quoi !

C'est simple, Stéphane devient Stéphane Lu : le mec qui adule Houellebecq, Bukowski, Katerine, Gainsbourg, Tim Burton et Russ Meyer. Ambiance mi-magique, mi-tragique. Ecriture des textes et achat d'un micro. Les magasins de musique se mettent à l'adorer. Oberst Gregor également, puisque Lunatic Moon, le premier album 8 titres de notre volatile sort sur le label Discos Veveos (Stuttgart). De la pure electro pop, où se croise élégamment douceur et ironie.


Voilà qui résume notre Stéphane Lu. A noter également qu'il est depuis 2001, chef opérateur dans Lova Mi Amor (cabaret sans frontières), où il coordonne les productions studio et concerts. Pour l'occasion, il a ressorti sa guitare et sa flûte. Depuis peu, il s'est tourné vers le saxophone ténor et soprano où il est évident que dans l'affaire, il fait une fois encore, beaucoup plus que son âge. Stéphane apprend vite, très vite... et personne ne sait où il va.

Manöx

En extrait "RIRE" ( 2.96 MO à télécharger)

Lunatic Moon sur Discos Veveos

A lire également : l'article "Stéphane Lu sur Lunatique Moon" sur le webzine Hermaphrodite

 

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